J'entends les froissements des draps et je suppose que Tom s'est assit sur le lit, il ne dit rien, il attend. C'est à moi de décider si je lui en parle maintenant ou si je continue à reculer l'inévitable. J'allume une cigarette et tire violemment dessus. Oui je fume, oui je sais que c'est mal. Mes parents font semblant de ne pas le savoir et moi je fais semblant d'être une personne saine. Tout le monde se ment mais on est bien comme ça.
Je tire une autre taffe, brisant le silence pesant de la pièce. Je sens sans le voir le regard brulant de Tom sur mon dos. Je ferme les yeux et je revois son visage comme si elle ne m'avait jamais quitté. Je revois son sourire lumineux et ses yeux rieurs. J'entends à nouveau sa voix. Sarah...
« Sarah c'était, ma meilleure amie, mon amie d'enfance, ma s½ur, elle était tout pour moi. On avait grandit ensemble, on avait tout faire ensemble. Je ne pouvais pas imaginer ma vie sans elle. On rigolait souvent en disant que si à 35 ans on n'était pas marié, alors on se marierait tous les deux. »
Elle avait toujours été là pour moi, depuis le jardin d'enfants. Elle était mon noyau, mon tout, mon point de repère. Tout à la fois. Meilleure amie, s½ur, mère, conseillère, tout. Elle était jolie et toujours de bonne humeur. J'avais toujours été jaloux de ses longs et magnifiques cheveux bruns qui volaient au vent lorsqu'elle courrait.
« Elle venait dormir dans mon lit et je dormais aussi dans le sien, il n'y avait pas de problème vis-à-vis de nos parents. Souvent petits, on se planquait sous les couvertures pour se raconter des histoires. J'aimais lui faire peur en lui parlant de fantômes car je savais que ça lui fichait une trouille bleue. »
Je rigole un peu pour moi-même. Je la revois, les bras encerclant ses petites jambes maigres, secouant la tête en me suppliant d'arrêter. On avait fait une sorte de cabane avec les couvertures et je racontais une histoire d'horreur tout en faisant des grimaces grâce à une lampe de poche.
Je tire à nouveau sur ma cigarette. Derrière moi, la respiration de Tom est calme, il me laisse prendre mon temps. La fumée toxique s'échappe de ma bouche et je soupire un bon coup, mes doigts se resserrant sur le filtre.
« A l'école, on était toujours ensemble. Par chance, on avait toujours été mis dans la même classe. En primaire et au début du collège, tout allait bien. »
« Au début ? » me demande Tom.
« Quand on est rentré en 3ème, les choses ont changées. Des nouveaux sont arrivés au collège. Tu sais Tom, j'ai toujours eu le look que j'ai, et les gens s'en sont toujours moqués, ils me disaient que ça correspondait bien à ma personnalité. Mais ces nouveaux...ils n'étaient pas du même avis. »
Une boule se forme dans mon estomac en repensant à tout ça, même si le plus douloureux reste encore à venir. J'entends le bruit de mouvements et je comprends que Tom vient de se lever.
« Continue, » dit-il doucement alors que ses pas se rapprochent de moi.
« Ils m'ont tout de suite détesté. Ils n'arrêtaient pas de me faire des remarques désagréables. Je pouvais facilement les ignorer, j'avais mes amis à mes côtés, l'avis des autres n'avait aucune importance. Cependant... »
Ma voix se bloque à nouveau dans ma gorge. Je cache cette histoire et cette souffrance en moi depuis tellement longtemps. Je n'aurais jamais pu imaginer que la ressortir puisse être aussi douloureux. Je tire une dernière longue taffe sur ma cigarette avant de l'écraser dans le cendrier. Je sens la respiration de Tom sur mes épaules mais il ne me touche pas, pour l'instant.
« Au lieu de les lasser, mon ignorance semblait les énerver encore plus. M'agresser directement ne marchait pas. Ils ont alors trouvé la solution pour me faire le plus de mal possible, s'en prendre à la personne que j'aimais le plus au monde. »
« Sarah... » murmure Tom.
« Un soir, après mon cours dessin et son cours d'art plastique, on rentrait à pieds. Il pleuvait et on courrait pour arriver chez moi, ma mère nous avait promis des crêpes à notre arrivée. On était abrité sous mon manteau et on rigolait. On ne les a pas vus arriver... »
La scène se déroule alors à nouveau sous mes yeux. Je me rappelle de chaque détail et s'en est effrayant.
Les deux jeunes gens courent à perdre haleine sous le ciel gris et envahit de pluie. Ils décident de passer par une petite rue. C'est leur raccourci, une sorte de passage secret depuis qu'ils sont enfants. L'année scolaire touche à sa fin et l'an prochain, ils iront au lycée ensemble.
Ils aperçoivent alors deux personnes qui leur barrent le passage. Ils les reconnaissent tout de suite, c'est eux, et Bill tremble, que vont-ils lui faire ? Sarah et lui s'arrêtent. Le regard des deux garçons est mauvais et ne présage rien de bon. Ils veulent rebrousser chemin mais deux autres personnes se mettent devant eux.
« Mais regardez qui voilà, c'est ma tapette préférée et sa copine ! » commence le plus grand d'entre eux, le chef de la bande.
« Laissez nous passer, on a rien à vous dire ! » fait Bill, se voulant catégorique et sûr de lui.
Il sent Sarah frissonner à côté de lui et il sait bien que ce n'est pas à cause du froid. Il attrape sa main pour la rassurer. Quoi qu'il arrive, ils resteront ensemble. D'un seul coup, Bill sent des mains se saisirent de lui et en moins de temps qu'il en faut pour le dire, ils se retrouvent emprisonné entre quatre bras puissants qui l'empêche de bouger.
« Lâchez-moi ! » hurle-t-il.
« Ne t'inquiète pas Bill, » continue une des autres garçons, « Si tu te détends ça sera beaucoup moins désagréable ! Et je suis sûr que ta copine va apprécier le spectacle ! »
Les yeux de Bill s'écarquillent d'horreur quand il comprend tous les sous-entendus de ses paroles alors qu'une main se glisse sous son tee shirt.
« Je vous interdit de le toucher ! » dit Sarah.
Elle se tient droite et fière en face d'eux. Ses longs cheveux mouillés encadrent son magnifique visage, collant à sa peau pâle. Son regard est ferme et déterminé. Cette fille à toujours eu trop de caractère.
« Ho, alors comme ça on se rebelle hein ? Tu aimerais peut être prendre sa place ? »
« Sarah non ! » hurle Bill, en proie à une panique totale.
« Oui, allez y, mais en échange, promettez moi de ne lui faire aucun mal ! » dit-elle en laissant glisser le manteau de sur ses épaules, commençant à défaire son corsage.
Il n'en faut pas plus pour qu'un sourire mauvais se dessin sur les lèvres des autres garçons. Quelques secondes plus tard, la pluie qui tombe à grande eaux sur le sol, étouffe le bruit d'un corsage que l'on déchire brutalement. La bouche de Sarah s'ouvre de douleur, mais aucun son n'en sort. Les autres garçons rigolent devant ce spectacle alors que Bill lui hurle. Il hurle à l'aide mais, en ce jour de pluie, personne ne passe par la petite ruelle de leur raccourci...
« Ils l'ont violé Tom, sous mes yeux. Ils lui ont fait faire les plus horribles et les plus dégradantes des choses ! J'étais là, et je n'ai rien pu faire ! »
Des larmes coulent sur mes joues. Deux bras s'enroulent autour de moi sans pour autant me toucher, pas encore.
« Après ça, son état psychologique n'a fait que se détériorer. Elle ne parlait plus, elle ne mangeait plus. Son regard était vide. Elle a vu des tonnes de psy mais il n'y avait rien à faire, ils disaient tous qu'elle n'était plus là. Un matin, je suis arrivé chez elle pour aller la chercher, je voulais l'emmener quelque par, je ne savais pas encore où, c'était sans doute égoïste de ma part, mais je voulais tellement revoir son sourire ! »
Un menton se pose doucement sur mon épaule mais les bras ne bougent toujours pas, ils restent à quelques centimètres de mon corps. La chaleur du souffle de Tom, sa présence dans mon dos me donne la force de finir mon récit.
« J'ai dit bonjour à ses parents et je suis monté directement dans sa chambre. Quand je suis arrivé, les volets étaient encore tirés, il faisait sombre et une drôle d'odeur flottait dans la pièce. Je l'ai appelé mais je n'ai eu aucun réponse, je me suis alors dirigé vers la salle de bain et là je...mon dieu... »
Mon corps et secoué par de violents sanglots alors que la dernière image que j'ai de Sarah s'impose à moi. Un corps se colle enfin contre le mien, dans mon dos, mais toujours aucun mouvements de la part des bras.
« J'ai fait un pas dans la pièce, je marchait dans de l'eau. J'ai allumé la lumière et je l'ai vu. Elle était là Tom, dans sa baignoire débordante d'eau, le robinet continuant de couler. Ses lèvres étaient toutes bleues et du sang s'échappé de ses poignets. Elle était là, flottant dans son propre sang...mon dieu...Je me suis précipité vers elle en criant, suppliant ses parents d'appeler les pompiers, mais il était trop tard...Elle était...Morte... »
Et là des bras se referment autour de mon corps, me pressant encore plus contre le torse de Tom. Ma tête tombe en arrière sur son épaule et je laisse mes larmes couler librement sur mes joues. Il ne dit rien, il se contente de me serrer de toutes ses forces contre lui.
« Elle est morte par ma faute, si elle ne m'avait pas protégé, si elle n'avait pas prit ma place, elle n'aurait pas subi de telles horreurs et elle n'aurait pas décidé de mettre fin à ses jours ! C'est ma faute ! C'est ma faute ! »
Je hurle et les bras ne m'en serrent que plus fort.
« Alors c'est pour ça, que tu refusais de me laisser t'aimer ? » dit faiblement la voix de Tom. « Il ne m'arrivera pas la même chose Bill. Tu n'aurais pas pu l'empêcher de faire ça, c'était son choix. Elle t'aimait tellement qu'elle a voulu te protéger. A sa place, n'aurais-tu pas fait pareil ? Je ne la connais pas, mais je suis sûr qu'elle aurait voulu que tu vives, ne serait-ce que pour honorer son courage et sa mémoire, son sacrifice ne doit pas être inutile. »
Pourquoi Tom ? Pourquoi est ce que tu dis toujours les choses que j'ai le plus envie d'entendre ? Les larmes continuent de dévaler mes joues, elles sont douloureuses mais en même temps salutaires. C'est celles que j'aurais du verser il y a des années mais qui n'ont jamais voulu sortir.
D'un seul coup, la chaleur qui se dégage du corps de Tom me tourne la tête. Son souffle brûle ma peau. Je sens son c½ur battre dans mon dos et sa peau avoir la chaire de poule alors que j'effleure son bras. Il est là, avec moi. Je veux le sentir partout sur moi. Mes doigts se serrent sur ses poignets et je ne pense même pas à être gêné quand je lui dis...
« Tom, j'ai besoin que tu me prouves que tu es vivant. »
:D
Et oui, déjà !
J'annonce que ceci et l'avant dernier chapitre de la fic.
Il n'en reste plus qu'un ainsi qu'un épilogue.
Forcément, vous devinez ce qui va se passer dans le prochain chapitre. Je vous promets un lemon, mais pas un simple lemon, un putain de lemon !
Gros bisous



